“L’Europe tolère mal les hommes politiques d’origine musulmane”

Les hommes politiques de confession musulmane font face à de nombreuses campagnes négatives portées à leur encontre, les empêchant d’aller plus loin dans leur carrière en Europe, montrent plusieurs cas en Suède, au Royaume-Uni et en Belgique, dont le récent débat sur la candidature de Sadiq Khan à la mairie de Londres

Paris(AA)-Les individus de confession musulmane qui se lancent dans la carrière politique en Europe se verraient obligés de mettre fin à leur aventure sans pouvoir aller trop loin en raison de la campagne lancée à l’encontre de l’islam et des musulmans dans le Vieux Continent.

Mehmet Kaplan, ministre d’origine turque du gouvernement suédois chargé du logement, a été le dernier homme politique de confession musulmane qui a du démissionner de son poste en raison de la couverture médiatique négative qui l’entoure.

Kaplan avait notamment été forcé à quitter son poste durant la semaine, après la révélation de sa participation aux réunions des ONG turques en Suède. Ces dernières ont notamment été qualifiées de “racistes”, “extrémistes” et de “fascistes” par de nombreux médias suédois, dont la chaîne publique SVT et les grands quotidiens Aftonbladet et Expressen.

La participation de Kaplan à un dîner organisé par l’association des industriels et hommes d’affaires turcs (TUMSIAD) a été présentée par certains journalistes avec le titre “Kaplan assiste au dîner des organisations clandestines”. La photo de la participation de Kaplan à un évènement organisé par une association religieuse turque en Suède a été publiée avec le sous-titre “Kaplan dans le programme des islamistes radicaux”.

S’exprimant à Anadolu sur la campagne de “diffamation” lancée à son encontre, Kaplan a fait savoir qu’il avait même été accusé d’appartenir à Daech dans le passé. “Les accusations n’ont pas terminé depuis mon arrivée au poste de ministre. Je reçois des invitations par les associations turques en Suède en raison de mon origine. J’assiste à leurs rencontres lorsque j’ai l’occasion, ces associations fonctionnent toutes légalement en Suède”, a-t-il noté.

– Yasri Shamsudin Khan

Yasri Shamsudin Khan, membre des Verts en Suède, qui avait par ailleurs fermement condamné la démission forcée de Kaplan, avait du démissionner par la suite, après avoir subi des pressions pour ne pas avoir serré la main d’une correspondante, en raison de ses convictions religieuses.

“Je n’ai pas serré la main de la journaliste en raison de ma confession religieuse. Je l’ai saluée en mettant ma main sur ma poitrine. Pourtant, ce geste a entraîné une campagne de lynchage au sein de parti et à l’extérieur”, a expliqué Khan dans une interview avec Anadolu.

– A Londres, Sadiq Khan accusé de fréquenter les extrémistes

Du côté du Royaume-Uni, c’est la candidature de Sadiq Khan à la mairie de Londres par le parti Travailliste, qui a lancé le débat dans le pays sur la place des musulmans dans la sphère politique.

A deux semaines des élections, Khan fait pourtant face à des accusations des autres candidats pour le même poste, en raison de ses origines musulmanes. Le candidat des Conservateurs Zac Goldsmith avait notamment accusé Khan de “protéger les extrémistes” alors que le Premier ministre britannique David Cameron, issu du même parti que Goldsmith, avait fait part de ses “inquiétudes” quant à Khan, qu’il accusait de “fréquenter les extrémistes”.

Issu d’une famille originaire du Pakistan, Khan s’était dit “désillusionné” par les propos de Cameron, soulignant qu’il “a toujours lutté contre l’extrémisme pendant toute sa vie”.

Pour Peray Ahmet, conseiller régional de Haringey, borough du Grand Londres, la campagne lancée par Cameron et Goldsmith à l’encontre de Khan, cherche surtout “à semer la peur et le doute tout en exploitant la haine raciale”.

“Goldsmith doit se concentrer à présenter son plan pour Londres et les Londoniens au lieu de médire sur Khan”, explique-t-elle dans son commentaire pour Anadolu.

– Les députés d’origine turque victimes de la discrimination en Belgique

Mahinur Ozdemir, première députée voilée de Belgique et d’Europe, a été exclue de son parti pour ne pas avoir reconnu les évènements de 1915 en tant que “génocide”.

Membre du Centre démocrate humaniste (CDH), Ozdemir a été exclue par le comité éthique de son parti l’an dernier et a été l’objet d’une couverture médiatique négative en Belgique. Elle a également été menacée par l’homme d’affaires belge Alain Binet, qui avait publié un post sur Facebook dans lequel il s’interrogeait “Comment cette salo** qui fait vacciner son sale petit fils turc chez nous n’a pas encore été abattue ?”.

Emir Kir, maire de Saint-Josse (Bruxelles) et député fédéral belge, avait également été ciblé par les médias et la justice, notamment pour avoir protesté contre le traitement du personnel aérien à l’encontre d’une femme nigériane qui était expulsée du pays le 12 mai 2015.

Kir fait depuis l’objet d’une poursuite judiciaire déposée par le ministre belge de l’Intérieur Jan Jambon et le secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations Theo Francken pour “avoir incité à la rébellion” contre les forces de sécurité.

– Les hommes politiques musulmans désignés candidats pour “la chasse aux votes”

En Autriche, les figures politiques de confession musulmane ne sont guère désignées candidates par leurs partis ou sont alors obligées de faire une “chasse aux votes” auprès de la communauté musulmane du pays.

Ces hommes politiques qui sont désignés candidats selon le système du “vote préférentiel”, figurent souvent en bas de la liste de leurs partis et ont ainsi très peu chance d’être élus.

Gulsum Namaldi et Resul Ekrem Gonultas, tous issus de la communauté turque, avaient respectivement sécurisé plus de 12 000 et 5 000 voix lors des élections à Vienne, sans pour autant être élus.

Pour Namaldi, c’est essentiellement les partis politiques qui “ont peur” de perdre des voix en cas de l’élection d’un candidat musulman. L’ancienne candidate, qui est par ailleurs l’autrichien d’origine étrangère ayant recueilli le plus grand nombre de voix dans l’histoire du pays, estime aussi chaque candidature d’un individu musulman “pose des problèmes au sein des partis, que cela soit de gauche ou de droite”.

“C’est l’Europe dans son ensemble qui tolère mal les hommes politiques d’origine musulmane”, affirme-t-elle dans son commentaire pour Anadolu.