France: déni du terrorisme quand les victimes sont musulmanes (Interview)

-« On cherche souvent à trouver des excuses sociales, politiques ou psychologiques aux auteurs d”attaques contre les musulmans» (Lila Charef, Collectif Contre l’Islamophobie en France)

 

France(AA)-Lorsqu’un homme fonce avec son 4X4 dans les barrières de protection dressées devant une mosquée de Créteil (sud-est de Paris jeudi dernier), pour écraser les fidèles à la sortie de la prière, la presse et les autorités parlent de « son état de santé mental » et non pas d’un « acte terroriste » visant la communauté musulmane.

Lorsqu’un individu fonce contre un convoi de gendarmes (Champs-Elysées, le 19 juin), en revanche, le parquet anti-terroriste est aussitôt saisi.

On parle difficilement d’ « actes terroristes » lorsque des musulmans sont visés, « car le traitement des actes islamophobes est trop souvent anormalement clément », dénonce, la Co-directrice du Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF), Lila Charef, dans une interview accordée à Anadolu.

« On cherche souvent à trouver des excuses sociales, politiques ou psychologiques aux auteurs. Ce sont eux qui sont finalement des victimes, “provoqués”, “apeurés” par ceux-là même à qui ils portent atteinte », dit-elle.

Ainsi, « lorsqu’un restaurateur a refoulé de son établissement deux jeunes femmes musulmanes l’été dernier, on a dit que c’est parce qu’il avait perdu des amis dans l’attentat du Bataclan (13 novembre 2015 -90 morts) ce qui n’a jamais été établi et ne justifie rien, par ailleurs. Plus récemment, quand un homme a foncé avec son 4X4 devant la mosquée de Créteil, on a parlé de son état de santé mental », a-t-elle ajouté.

Finalement, poursuit la co-directrice du Collectif contre l’Islamophobie, « il y a un traitement différencié des terroristes de type européen et non musulmans ».

«On cherche toujours à comprendre les raisons profondes de leurs actes et à les humaniser, ce qui peut être utile, car c’est comme ça que nous pourrons trouver des solutions à ce qu’il se passe, en les comprenant sans les excuser. Par contre, quand il s’agit de terroristes dits de référence islamique, l’accent est mis plutôt sur leur idéologie et leur islamité comme un facteur décisif, ce qui évite de questionner les conditions sociétales qui ont rendu ces actes possibles », souligne Lila Charef.

« Ce traitement asymétrique du fait terroriste permet aussi d’atteindre un but politique beaucoup plus inavouable pour les partis de droite dure : il leur permet de mettre en cause les musulmans, dont ils savent pertinemment qu’ils ne cautionnent pas la violence politique, sous toute ses formes », analyse-t-elle.

Alors que dans son rapport a31 janvier, portant sur les actes survenus en 2016

Dans son rapport annuel publié le 31 janvier dernier, et portant sur les actes survenus en 2016, le CCIF avait observé « un net recul des actes islamophobes enregistrés en 2016 : -35,9% par rapport à 2015 et -24,1% par rapport à 2014 ».
Le collectif avait enregistré au total « 419 discriminations, 39 agressions, 25 attaques et dégradations contre des édifices religieux, 98 discours haineux (insultes, menaces) »

« Mais les chiffres du premier semestre 2017 sont en hausse par rapport à ceux du premier semestre 2016 » révèle Lila Charef, qui note toutefois que « la parole stigmatisante, islamophobe a été moins présente dans le débat présidentiel que ce qu’on aurait pu craindre ».

« Cela s’explique principalement par les “affaires financières” à répétition, et la présence d’acteurs comme Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon qui ont su s’imposer dans le débat sans faire de l’islam et des musulmans un cheval de bataille électorale », dit-elle.

Néanmoins les résultats de la présidentielle (23 avril et 7 mai) restent alarmants, estime la responsable.

« Marine le Pen (Front National-Extrême droite), malgré l’image rance de son parti, est parvenu à se hisser au deuxième tour, et à remporter un vote d’adhésion de près de 35% quand Macron doit encore largement sa victoire au “barrage républicain’’», rappelle-t-elle.

« La force de ce parti ouvertement islamophobe, renforcé par les déclarations qui jusqu’à l’extrême gauche du spectre politique vont stigmatiser les musulmans, légitime les actions islamophobes. Si des actes islamophobes sont commis de plus en plus fréquemment c’est que leurs auteurs éprouvent un sentiment d’impunité dans un contexte islamophobe ambiant, et que ces actes ne sont pas punis suffisamment sévèrement ».

Enfin, «la réponse des pouvoirs publics et de la justice n’est malheureusement pas à la hauteur de la gravité des actes perpétrés », déplore-t-elle.