Une lecture attentive d’un crime odieux : un jeune décime sa famille

 

Par Cheick Abdourahman Bachir

 

Une lecture attentive d’un crime odieux : un jeune décime sa famille Au quartier 7 de la capitale, un jeune djiboutien de 22 ans tue ses parents et trois de ses quatre sœur, la 4eme s’échappe de justesse, elle est actuellement dans un hôpital.

Un jeune djiboutien a tué tous les membres de sa famille, sauf une qui est entre la vie et la mort. Mais la question est : Pourquoi a-t-il tué ? Comment s’est-il dépouillé de toute son humanité pour tuer sa famille de sang-froid ? Quelle était son intention derrière ce crime abjecte et complexe ?

Ce jeune était en cours de terminer sa licence à l’Université de Djibouti ; ses comportements ne souffraient d’aucune anomalie et puis soudain il vire dans le monde du crime. Ce changement brusque est dû à quoi ? Est-il tombé dans les organisations criminelles ? Est-il devenu adepte des médicaments de drogue que tout le monde peut s’en approprier facilement à Djibouti? Y avait-t-il un désaccord fondamental entre les membres de la famille sur des questions éthiques graves qui mériteraient des approfondissements loin de la logique de l’émotion ? Est-ce que le jeune homme souffrait de la schizophrénie et des maladies similaires ? A titre d’information, les maladies mentaux sont nombreuses à Djibouti mais les gens les expliquent d’une manière sommaire tels que sorcellerie, fantôme, et d’autre explications métaphysiques valables dans certains mais pas tout le temps.

En occident, c’est courant de lire dans la presse un malade mental a tuer son compagnon durant le nouvel an ou un psychopathe tuer son père dans la chambre de coucher. Ces genres de crimes provenant des maladies mentales ne sont pas encore connues dans nos sociétés pour des raisons multiples, mais ils commencent à envahir la société djiboutienne. Ce qui est absurde on fait face à ces crimes d’une manière primitive alors qu’ils sont en augmentation dans le monde. Le professeur Ahmed Harbi spécialiste de la psychologie nous dit que les maladies mentaux représentent 20 % d’une société donnée selon les statistiques de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) Quelques mois auparavant un crime a eu en Belgique : des jeunes djiboutiens ont attaqué leur frère de même pays, même religion et mêmes valeurs jusqu’à lui enlevés ses yeux, provoquant sa cécité. La jeune victime Liban Moustapha Hassan est toujours à l’hôpital.

Ces nouveaux types de crimes qui envahissent la société djiboutienne ont besoin de nouveaux types d’études visant à connaitre leur causes et manifestations.

Cinq phénomènes peuvent être à l’origine de la propagation de ces crimes dans notre société :

1- Le développement social n’est pas planifié. La société se développe d’un côté, le nombre de la population augmente cela exige une planification qualitative et quantitative du ministère du développement. Il y a un grand écart entre les maisons de fortunes et ceux construits dans la norme. Nous avons évolué anarchiquement, ce qui mène a un désastre moral. Et qui dit désastre morale dit crise psychologique profonde.

2- Désintégration de la famille. Ce type de maladie s’est répandue dans la société djiboutienne pour deux raisons liées : la pauvreté qui touche plus de 75 % de la jeunesse djiboutienne et la corruption morale qui est devenu un phénomène social. Les économistes précisent que la corruption morale provient toujours de la pauvreté. Désintégration ne signifie pas forcément divorce : la famille est réunie sous le même toit mais la souffrance fait que chacun de ses membres vive dans son propre monde, le jeune est ainsi dans une sorte de prison qu’il veut à tout prix échapper quitte à la manière de ce jeune homme.

3- Le chômage et le manque de vision pour l’avenir, ce qui crée le désespoir chez le jeune qui se pose de multiples questions : pourquoi suis-je venu dans ce monde impitoyable ? Pourquoi Dieu m’a-t-il créé dans cette société ? Les souffrances s’intensifient lorsque ce jeune et ses camarades ne trouvent pas réponses auprès des oulémas qui ne savent que la prière et ses modalités. Il n’y a pas un discours scientifique face aux questionnements des jeunes. Le pays est aujourd’hui démuni d’intellectuels, de spécialistes psychiatriques, et chercheurs en sciences sociales. C’est une crise éthique avant qu’il soit civilisationnelle pour un pays qui a eu son indépendance il y a quarante ans. Le chômage crée une armée de désespoir qui est une maladie mortelle : Il n’est pas surprenant dans ce cas qu’une personne tue ceux qui lui sont les plus chères, parce qu’elle est dans un état de désespoir. Le suicide va commencer à apparaitre bientôt. Taire sur les vrais problèmes n’est pas une solution, cela ne fait que les empirer. Un jeune qui a connu l’enfer de la prison m’a raconté que les médicaments de drogues utilisés à Djibouti sont les plus dangereuses. Les jeunes, dans leur fuite désespérée, trouvent refuge auprès du khat, puis ils évoluent vers les drogues durs (médicaments).

4- L’absence de liberté et la répression politique, religieuse et intellectuelle. Un jeune qui possède une ambition et une pensée a besoin d’être entendu et dans la plupart des cas il pense avoir raison. Mais dans un pays qui s’est au fil du temps transformé ou une prison à ciel ouvert il ne peut que s’autodetruire.

5- Absence d’éveil rationnel. Les jeunes qui vivent dans le 21eme siècle souffrent d’anxiété psychologique et intellectuelle : ceux qui vivent dans le luxe et l’abondance souffrent d’un manque de spiritualité alors que ceux qui veulent dans la pauvreté vivent dans le manque et la pénurie. Cela crée une crise existentielle. Ces jeunes ont besoin d’un discours religieux équilibrée qui convainc l’esprit, qui éveille la conscience, et qui fait sentir la dignité humaine. Mais pas de place pour ce genre de discours dans un contexte de manque de liberté qui n’accepte que les prédications rhétoriques éloignées de l’esprit de la Loi de Dieu et des méthodes éprouvées de la persuasion.

Les points cités ci-dessus sont quelques-uns de problèmes qui ont conduit ces symptômes mortels. Tant que nous n’aurons pas compris suffisamment les raisons de ce phénomène qui se propage de plus en plus, ce qui se produit mardi et beaucoup d’autres qui vont encore se produire ne vont pas dépasser le stade des causeries de mabraz. Il n’y a pas de doute que le gouvernement n’a aucune volonté d’aborder les phénomènes sociaux, il est ainsi un élément essentiel de la fabrication de ces problèmes. La solution ne sera pas facile avec un système qui tire sa légitimité dans la démagogie. Nous avons un besoin urgent d’un projet de société plus vaste et la responsabilité incombe à tout le monde. Le bateau est en train de chavirer mais personne n’en est conscient.